Version française

            Depuis une trentaine d’années, de l’arrivée au pouvoir de Khomeiny en 1979 aux attentats parisiens de janvier 2015, la place du religieux dans l’actualité est croissante. Ces journées invitent à questionner les processus et les enjeux de la médiatisation des faits religieux dans une société française qui se pense largement sécularisée.

            Précisons les termes. Les médias désignent l’ensemble des procédés techniques et des organisations permettant la transmission de l’information à un large public. Ces journées s’intéresseront aux grands médias d’information : quotidiens, magazines, journaux et émissions d’actualité des principales radios et chaînes télévisées, tant dans leurs formes traditionnelles que numériques. Il invite à prendre en compte les pressions qui pèsent sur la pratique journalistique1 : vitesse croissante, concurrence des médias traditionnels entre eux et avec les médias sociaux. La notion de « fait religieux » est issue des sciences religieuses qui se développent dans le contexte de laïcisation du savoir propre à la IIIe République. L’expression “fait religieux” s’impose quant à elle dans le vocabulaire scientifique au cours des années 1990 avec la publication d’un ouvrage dirigé par Jean Delumeau qui l’adopte pour titre et du rapport de Régis Debray sur l’enseignement du fait religieux. Elle caractérise une approche scientifique du religieux, considéré comme un fait social et historique englobant et va à l’encontre d’une représentation du religieux comme relevant uniquement d’une conviction privée. Le choix d’utiliser l’expression au pluriel manifeste la volonté d’échapper à toute essentialisation des religions et de favoriser la transdiciplinarité2.

Cette expression a été reprise par des journalistes. Par exemple, Stéphanie Le Bars, spécialiste des questions de religions et de laïcité au Monde qui a animé de 2007 à 2014 le blog « Digne de foi. Éclairage sur le fait religieux et la laïcité », ou encore le site d’information Fait-religieux.com, créé en 2012 par Sophie Gherardi, Jean-Luc Pouthier et Hanène Sassi qui a pour devise « Bien informé, on agit mieux ».

            En 2000, Pierre Bréchon et Jean-Paul Willaime publiaient Médias et religions en miroir pour encourager la confrontation des travaux de sociologues des religions et des médias. Il ressort de cet ouvrage que l’information sur les faits religieux relève principalement de deux catégories. La première porte sur l’actualité brûlante ; les faits religieux deviennent événements médiatiques, par les conflits dont ils sont porteurs : conflits violents, guerres, terrorisme, etc., mais aussi confrontations entre les évolutions sociétales et les traditions religieuses : euthanasie, procréation médicalement assistée, etc. La seconde catégorie relève de l’information attractive ou anecdotique, susceptible d’éveiller l’intérêt du public. Elle traite de personnalités charismatiques – les papes Jean-Paul II et François se prêtent parfaitement à ce jeu médiatique – ou portent sur des événements présentés sous l’angle du scandale ou de l’exotisme – sectes, affaires de pédophilie, vie monastique, guérisons miraculeuses, etc. Ces deux types de traitement n’excluent pas pour autant une information approfondie et de qualité sur les faits religieux.

            Ces journées s’inscrivent dans la continuité de la démarche initiée par ces auteurs, la littérature scientifique demeurant lacunaire sur le sujet. Elles visent ainsi à nourrir la réflexion sur les mécanismes de production de l’information sur les faits religieux. Elles invitent aussi à se demander dans quelles mesures ce traitement médiatique reflète les représentations des faits religieux et leurs évolutions dans la société française.


  1. « Un de nos confrères nous rappelle opportunément cette phrase de Camus : “On veut informer vite au lieu d’informer bien. La vérité n’y gagne pas. » (Thomas Ferenczi, médiateur du Monde, «  Informer vite ou informer bien », Le Monde, 22 mars 1998).
  1. Á la fin du XIXe siècle, Émile Durkheim a défini la religion comme « fait social ». En 1993, Jean Delumeau dirige un ouvrage intitulé Le Fait religieux (Fayard, Paris, 1993). Le rapport Debray (2002) s’inscrit dans une dynamique initiée treize ans auparavant par Philippe Joutard. Dès 1989, cet historien du protestantisme, recteur d’académie de 1989 à 1997, propose d’accorder une place plus importante aux religions dans les cours d’histoire, de géographie et de littérature. L’Institut européen en sciences des religions (IESR), créé en 2005 à la suite du rapport Debray, utilise volontairement l’expression « faits religieux » au pluriel.

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